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Je sais, j'avais dit que je n'avais pas craqué devant les places en vente pour le concert de Cirkus, ce groupe que j'ai découvert un peu tardivement et qui rythme certaines de mes journées. Et j'ai dit vrai. Seulement c'est Romain, qui a obtenu gratuitement les fameux sésames. Donc, hier soir, nous y étions, je trépignais et j'ai été un peu déçu. Un son moins profond que sur les albums, une majorité de titres du second opus (que j'aime moins), la voix de McVey (le producteur du premier Massive Attack quand même) omniprésente se fondant moins bien avec les deux chanteuses. Bon je ne vais pas me plaindre, quelques chansons étaient bien jouissives et la générosité scénique de Neneh Cherry m'a fait plaisir (à Romain aussi je crois).
Petit détour pour ceux qui veulent voir d'autres belles photos du concert.
L'album m'avait plu, même si, honnêtement, j'attendais autre chose. L'idée de le voir en live me trottait depuis ses passages à Baltard. Pour une fois, je suis plus attiré par le personnage que par les chansons qu'il propose, même si... La salle est sympa, même si remplie de filles de 12 ans qui s'écrivent "Julien" sur le bras. Le concert commence et le monsieur tient vachement bien la distance. Attention, ce n'est pas un groupe qu'on a en face de soi, mais un mec tout seul, accompagné par quelques musiciens. Je le trouve sexy et je me dis que si j'étais une fille de 12 ans, je punaiserais volontiers des posters de lui sur les murs de ma chambre. Bon je me calme, car les moqueries vont poindre bientôt. Remarques plus distantes : j'ai particulièrement aimé Pudding Morphina, la deuxième partie de Bouche Pute et First Lady, trois morceaux que j'avais tendance à zapper sur le disque, comme quoi...
Derrière ses atours classes, la soirée d'hier au Showcase était "une véritable épreuve de Koh Lanta" pour reprendre les mots de mon amour. Arrivés bien en avance aux abords du Grand Palais, la beauté des monuments a vite été une bien dérisoire toile de fond devant l'absence d'un petit McDo et notre faim grandissante. Après une escale chez un traiteur chinois qui nous a laissé des aigreurs jusqu'à onze heures passées, nous voilà dans la salle du Showcase, sous le pont Alexandre III. Pas de doutes, les lieux sont vraiment sympas. Ambiance feutrée malgré la musique du DJ. En même temps, Estelle fait du R'n'B, donc c'est logique. Vite, on se proccure une petite place sur les marches, juste à côté de la scène et on attend.
On attend.
On attend.
De temps en temps, une ombre passe sur les planches pour faire des trucs qui auraient certainement pus être faits cinq heures avant, mais bon. J'observe ce petit manège. Je suis impressionné. Il y a le personnel qui installe les bouteilles de Cristalline et le second personnel qui passe vingt minutes après pour vérifier si le premier a bien pensé à amener lesdites bouteilles. Pendant ce temps, nous on fait quoi ? Ah oui on attend, comme les candidats devant Denis Brogniart, debout depuis une heure, immobiles, car serrés à cette belle place où tout le monde voudrait être et fait tout pour y être. Un mec vient régler les micros et s'occupe tranquillement de la formation d'une nénette à la table de mixage. Face à eux, la salle prend son mal en patience depuis une heure et quart.
Pour ma part, le concert n'a pas commencé que je ne veux plus entendre de musique de toute ma vie, tellement les titres du DJ me sortent par les tympans. Je pense à notre appartement, silencieux, à la couette fraîche de notre lit. Je sature, j'ai soif (j'ai fini de sucer les glaçons de mon coca depuis une demie heure), j'ai mal au ventre, mais comme à Koh Lanta, il faut tenir bon et se dire que la délivrance n'est pas loin.
Et elle arrive enfin, à un moment où mon agacement a cédé la place à une sorte de léthargie. D'habitude je suis chaud, j'applaudis, je crie de ma voix féminine. Là je ne réalise pas. Le concert commence, c'est la première fois que je vois un concert de R'n'B, ça me plaît bien. Estelle est rigolote, elle parle beaucoup, je ne comprends pas grand chose, mis à part que les mecs sont des salauds, qu'Obama est président et que c'est cool et que pour fêter ça il faut faire l'amour et s'amuser. Les titres sont assez différents de l'album, mais assez reconnaissables. Une petite reprise de God Put A Smile Upon Your Face de Coldplay me fait enfin entrer dans la danse. Trop tard, c'est déjà fini. Un showcase, c'est vraiment court.
Ah, j'ai oublié de parler de la blondasse qui a débarqué sur les marches, cinq minutes après le début du show. Qui essayait de s'imposer et de trouver de la place pour danser, quitte à faire tomber les gens devant elle, qui faisait semblant de comprendre tout ce que la chanteuse disait (même quand elle ne l'écoutait pas) en scandant des Yeah ! insupportables. Et à qui j'ai planté mon coude dans les hanches plusieurs fois pour combattre une bestiale envie de meurtre.
Pour moi, c'est un peu comme une éclipse solaire. Un moment que j'espère pendant des années, que j'attends comme un gosse devant son premier grand-huit. En 2003, j'étais heureux d'être seul face à eux, seul dans mon petit bonheur. Cette année, je voulais être entouré. Mon amour avait décliné l'invitation. Mon père, quant à lui, était chaud. Quel plaisir de l'emmener dans cet univers qui imprègne mon quotidien ! Romain et Vincent étaient là eux aussi. Et pendant, qu'ils savouraient (apparemment) et se trémoussaient sur leur strapontin, je me dandinais, debout, comme un mohican renfermé. Un instant, devant mon t-shirt, mon affiche et ma gourde, je me suis dit que je les aimais peut-être un peu trop, que je n'accordais pas beaucoup de place à d'autres artistes... Je crois que je fais tout en décalé, et être un fan inconditionnel et boutonneux est quelque chose de tout nouveau pour moi. Désolé. Grosse soirée vraiment. Une parenthèse qui n'était malheureusement pas censée en être une, mais qui m'a fait du bien.