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De moins en moins envie de tenir ce blog on dirait. Bon il s'est aussi passé certaines choses et j'espérais avoir le fin mot de l'histoire avant de poster le tout ici. Un mois s'est écoulé. Le mois de mai, le mois déroutant. Les enfants qui avaient bien commencé à prendre un rythme relatif aux journées de la semaine ont eu les yeux qui louchaient. Avec tous ces weekends longs comme des semaines, impossible pour eux d'affirmer si la veille était un jeudi et le lendemain un samedi. Ces absences m'ont semble-t-il détaché de ma classe. La fin de l'année se rapproche, les Grandes Sections sont allés par petits groupes chez les collègues de CP pour une demi-journée. La paperasse pour les passages en élémentaires est presque réglée. Il ne manque plus que la réunion des répartitions pour achever mon moral.
Le mois de mai étant celui du mouvement principal, si vous ne m'avez pas entendu crier ma joie jusque dans la jungle, c'est que je n'en ai pas fait partie. Ca commence à fatiguer un peu, d'attendre le mouvement complémentaire. Mais quand on la joue au bluff sur ce genre de coup, il faut assumer. Donc je dois patienter tout le long du mois de juin, avant de savoir où et quoi. Si je suis aussi peu déçu de ce résultat, c'est parce qu'une autre perspective vient masquer tout le reste.
Au début du mois, j'ai répondu à un appel. C'était le service de logements des fonctionnaires. Ils nous proposent un F3 à Rosny-sous-bois, 15m² de plus que notre appartement actuel, 100 euros moins cher que notre loyer actuel, dans du neuf, avec parking souterrain et jardin d'hiver. Juste le temps de visiter, d'hésiter un peu et le dossier est bouclé. Nous sommes seuls sur l'appartement, les éléments du dossier me semblent imparables. Malgré tout il faut attendre ce qu'en pense la commission. Et la commission a visiblement beaucoup de dossiers à étudier. Ca fait deux semaines que le dossier est parti et il n'est toujours pas passé sous leurs yeux.
L'emménagement éventuel étant prévu à la mi-juillet, il a bien fallu déposer le préavis avant d'avoir cette réponse. Si jamais la réponse était négative, il faudrait partir chercher un autre appartement assez vite. Ce qui augure pour ce blog un joli suspens...
Trois longues semaines se sont écoulées. Pari perdu. Tenir un blog n'est pas pour moi une mécanique merveilleusement huilée. On rate une semaine et on se dit que c'est à présent deux semaines que l'on devra résumer. On soupire et on remet ça à plus tard. Bon, là, les vacances sont arrivées, alors plus d'excuses. Ceci dit je n'imposerai pas une rétrospective de tout ce temps écoulé. Le plaisir que j'ai à venir dans cette école est toujours présent. Maintenant, je me dis que d'ici deux ans, je me renseignerai sur un éventuel poste vacant (vu que l'ouverture de l'année prochaine ne semble vraiment pas gagnée). Travailler avec des enfants de 6 ans, c'est à la fois dynamisant et épuisant quand on passe par une phase de deuil. J'en ai connu une grosse il y a presque un an, puis cet hiver, et là encore. Leur considération légère de la vie permet de s'oxygéner la tête. Bon, il est vrai que les compliments à répétition aident aussi : "Nicolas, tu es beau !" "Nicolas, tu es charmant !" L'autre jour dans le rang, l'un d'eux m'a même interpelé d'un "Beau gosse !" qui m'a laissé sans voix sur le coup. La dernière période s'ouvrira a priori sans fatigue.
Petit moment volé dans la cour l'autre jour... Il faut savoir que malgré le nombre considérable d'activités que nous proposons en récréation, les garçons ne peuvent s'empêcher de s'adonner à quelques bagarres simulées (dans un premier temps toujours). Leurs prises et coups divers sont agrémentés d'imprécations du genre PUISSANCE TAUREAU que sais-je. L'un d'eux a trouvé l'incantation (et le blasphème) ultime en adoptant sa position de mante religieuse et en criant d'un air très énervé AU NOM DU PERE DU FILS ET DU SAINT ESPRIT.
Déjà arrivé à la moitié de la période. Les journées belles et chaleureuses nous ont permis de profiter des premières cours éducatives organisées dans l'école. Atelier jardinage, tableaux et craies à foison, bac à sable, seaux, pelles et camions-bennes... Le matin, un coin jeux de société est mis en place : cette semaine, parties de dadas à volonté (surcomptage et acceptation de la défaite). L'écriture cursive se fait de plus en plus évidente et les premiers allers-retours vers la classe de CP au fond du couloir vont bientôt commencer.
Jeudi, jour de grève. J'ai longtemps pensé que j'irai sur Paris, mais comme mon petit coeur ne travaillait pas, je me suis contenté d'un sitting dans le bois de Vincennes, avec Roland Barthes dans les mains.
Vendredi, nouvelles conversations autour de l'ouverture de classe. J'essaye de ne plus trop y penser de mon côté. Les voeux sont bouclés. Mon accusé de réception est envoyé. Reste l'attente et un début de réponse demain, avec la réunion des directeurs de Noisy-le-Sec.
Les matinées sont de plus en plus agréables. Il fait jour désormais quand je descend prendre mon bus. Mon bonnet va bientôt tomber de ma tête, l'écharpe se décrocher de mon cou. Le rythme des journées me fait aimer d'être dans cette école, le bruit omniprésent de chaque fin d'après-midi me fait apprécier le retour à la maison. Ce qui me fâche un peu cette année, c'est cette envie de rester où je suis, alors que rien n'est moins sûr. S'il est certain qu'il y ait une ouverture de classe pour l'année prochaine sur Noisy-le-Sec, il semblerait que la seconde école pré-élémentaire du groupe scolaire - d'abord réticente à la proposition - voudrait maintenant obtenir cette opportunité. J'ai la très mauvaise impression qu'au bout du compte, je me ferais avoir. Mais on va quand même jouer sa chance. L'équipe tient vraiment à me garder. On verra si leur simple envie suffira à décrocher cette ouverture, puis à me faire passer avant tout le monde.
Petite drôlerie de la semaine, une de mes élèves avait décidé de faire du vélo à deux roues à la façon d'une princesse sur un cheval. Elle était toute contente que je le remarque, mais malgré son sourire, sa chute 5 mètres plus loin et son menton de princesse bien gratté par le bitume me fait encore rire aujourd'hui. Rien n'est plus drôle qu'un gadin.
Peut-être la coupure la plus appréciable de l'année. Surtout après une semaine extra-scolaire assez usante. Hier après-midi, au moment de mettre une dernière fois les manteaux, j'ai pris un peu de recul pour regarder l'ensemble des deux classes de grands dans le couloir, et là, objectivement, en neutralisant la fatigue des derniers jours, j'ai compris que eux aussi étaient dans une attente surexcitée de ces deux semaines sans école. Sauf que pour beaucoup d'entre eux, le centre de loisirs viendra nous remplacer. Parfois, je me demande comment leur organisme si jeune fait pour supporter un tel train d'enfer...
Lundi était une journée particulière, avec de la piscine le matin et une sortie l'après-midi. Au moment de déjeuner déjà, les effluves de chlore avaient eu raison de mes forces. Je somnolais devant mon assiette, me demandant où je trouverai les ressources pour la suite de la journée. Mais finalement, tout s'est très bien passé. Le lieu où nous nous rendions était un hangar réinvesti en un grand espace de jeux. Une sorte de parcours géant dont le site se trouve ici. Le soir, j'essaye de rebrancher ma batterie après l'avoir faite recharger. Mais la voiture ne démarre pas. Dans la nuit, la tempête réveille une alarme de scooter toutes les 5 minutes. A deux heures et demie, le voisin du dessous vient sonner pour une fuite de chasse d'eau et un écoulement chez lui.
Mardi aurait été la parfaite dernière journée d'avant-vacances. Celle où tout se passe merveilleusement bien. Celle où, au moment de fermer la porte de la classe pour deux semaines, on se dit qu'on a fait du bon boulot et que ce métier est fait pour nous. Le midi, angoissé par la chasse d'eau, j'emprunte la voiture d'une collègue pour vérifier l'état de mes WC. Le soir, pas le temps de trifouiller la voiture, ni la cuvette des toilettes, je file au concert de Bloc Party.
Mercredi, départ en bus pour aller chercher une clé de 12 mm pour la voiture et un joint pour la chasse d'eau. Au moins, les toilettes sont réparées. Jeudi soir, je ramène ma batterie neuve à pied pendant 25 minutes. Je suis épuisé. Les voyants se rallument bien. Mais le petit clic que j'entends quand je mets le contact trahit le démarreur. Je suis bon pour un nouvel achat. En plus après avoir reçu un peu du contenu de la batterie, mon jean tout neuf des soldes se déchire irrévocablement en divers endroits. Cette fois c'est sûr j'ai la poisse !
Hier, atelier autour d'images séquentielles. Les élèves doivent découper huit vignettes, remettre l'histoire dans l'ordre et coller proprement. Pour cela, en début d'année, nous avons instauré la règle des cinq petits points de colle (un dans chaque angle plus un au milieu). Mais parfois, les élèves préfèrent la règle du tartinage de Nutella et garnissent le papier d'une couche bien épaisse de colle. Voyant cela à la table de l'un d'entre eux, je m'étonne : "Mais Y., qu'est-ce que c'est que cette tartine de Nutella ? Et la règle des cinq petits points de colle ?" Le garçon me regarde un instant, regarde sa feuille trempée de colle, réagit en me souriant d'un air entendu et... rajoute les cinq petits points de colle avec une grande application ! Je n'ai pas pu m'empêcher d'éclater de rire. Le soir, je récupère le démarreur tout neuf pour ma voiture. Conseil d'école, on parle d'une éventuelle ouverture de classe dans l'école, des collègues me regardent en souriant ; je sais qu'elles aimeraient me voir rester ici et y voit (comme moi ?) une chance de plus de forcer le destin du mouvement...
Lundi, comme beaucoup de gens, je me suis réveillé dans une ambiance singulière. Dehors, les lumières oranges de lampadaires rebondissaient sur le sol et les voitures enneigées. Sur la route, aucune trace de pneu. Le site de la RATP annonçait un trafic normal, excepté que l'info datait de la veille au soir, donc... Donc j'ai pris la voiture, le fameux luxe que je ne me permets désormais plus souvent. Je dois dire que la ville cotoneuse, la lenteur de mon véhicule, le calme de l'album Protection de Massive Attack dans l'autoradio, tout ça apportait une atmosphère vraiment délicieuse. L'impression de vivre ailleurs. Bien plus au Nord.
Mardi et Jeudi, ma collègue et moi avons pris la décision de joindre nos deux classes de Grande Section pour animer une seule et même séance de parcours. Dans la pratique, ce choix est véritablement utile pour l'organisation de l'après-midi, les temps calmes qui suivent ayant lieu en même temps pour tous les élèves, les activités artistiques également. Mais le rythme soutenu consomme une grande partie de mes réserves d'énergie (qui ne sont pas au plus fort en ces temps hiverneux). Imaginez 52 élèves de 5 à 6 ans enchaînant actions simples et actions périlleuses dans un espace peu considérable et vous aurez une petite idée du stress que ces séances peuvent occasionner. Avoir les yeux partout, s'assurer que les enfants prennent les précautions nécessaires, tout en les secouant tout de même, parce qu'une douzaine attend déjà derrière... Mais bon, comme je l'ai dit, l'apport est indéniable.
Vendredi, chorale acoustique, avec pour seul accompagnement le piano. Après deux répétitions ratées, pendant lesquelles les élèves faisaient un peu tout et n'importe quoi, j'avais décidé qu'il était peut-être temps d'évaluer leurs connaissances et leur implication dans les chansons. La séance s'est remarquablement bien passée, même si au milieu de la petite foule, un des grands piquait sévèrement du nez. Nous avons terminé la semaine avec une projection de La Belle et Le Clochard. Je guettais les réactions au moment de la scène des spaghettis. Les Oooooh ! n'ont pas raté. Maintenant je vais devoir préparer un atelier de séquençage sur le film.
Lundi matin, une élève me dit : "Tu sais, je t'ai vu courir après le bus hier (comprendre jeudi dernier...)" Moi, voulant marquer ma supériorité de maître : "Tu as vu, j'ai réussi à le rattraper !" Elle avec un sourire débordant : "Oui, tu cours comme une fille."
Mardi matin, après une séance de tirs au but où je faisais office de gardien, un enfant qui me regarde habituellement avec admiration vient me voir et me dit avec une mine déçue : "Dis, tu as pris beaucoup de buts..." Oui, je sais, je ne suis pas doué.
Jeudi, arrivé à Bastille à 13h30, une petite visite à la Fnac du coin s'impose, je ressors avec deux vinyles de Radiohead. Vite je les planque dans mon sac, ça la fout mal en pleine réclame pour le pouvoir d'achat. On a qu'à dire que c'était avec l'argent de mes grands-parents, en plus j'ai utilisé un chèque cadeau... Je suis resté sous ma bannière jusqu'à 16 heures et constatant que le cortège n'avait pas encore démarré, je suis reparti chez moi. C'est dommage, j'ai appris depuis que beaucoup de gens avaient fait comme moi. Du coup je me demande si l'organisation n'aurait pas pu être plus... organisée. Occuper la Bastille, c'est bien, mais moi, ce que je voulais, c'était défiler. Tant pis.
Vendredi après-midi, avant d'envoyer les enfants à l'ultime récréation, un de mes élèves m'appelle : "Nicolas, Nicolas..." Je me rapproche. "Tu es trop beau". Alors là merci !
La semaine a commencé avec la désagréable mais alors très désagréable impression d'être à côté de la plaque, de ne pas gérer ma classe, de ne pas savoir où les emmener dans le courant de la journée. Je hais ces jours-là. Mardi, une collègue est montée dans ma classe, pour me dire que l'impression ne venait que de moi, car de l'extérieur tout se passait bien. Mon amour a aussi tempéré mes inquiétudes, c'est peut-être la fatigue et si je suis fatigué, c'est peut-être parce que les enfants sont particulièrement usants ces temps-ci. J'essaye de me rassurer. Jeudi, ça allait un peu mieux. Vendredi, je ne les eu qu'une heure.
Vendredi après-midi, j'ai accompagné mes parents aux obsèques du père de ma belle-soeur. Je le connaissais un peu, après toutes ces veillées de Noël, mais c'était surtout pour soutenir la peine de ma belle-soeur que j'y suis allé. Elle a accompagné son père dans la maladie avec un courage énorme. J'ai fait la route vers Chartres avec mon oncle. Au début, nous avons parlé de musique, de nos goûts qui se rejoignent et s'éloignent parfois étrangement, de ses échanges avec son fils sur ce sujet, puis, je ne sais plus vraiment comment, il a commencé à me parler de ma tante disparue brutalement au printemps dernier, d'abord dans des anecdotes... Enfin, la conversation s'est transformée en confidence, les documents interminables suite au décès, la visite à venir du juge de tutelle, et le deuil, l'absence, le manque, comment s'y préparer quand on a un enfant, ne jamais faire croire que ses parents seront toujours là.
J'ai senti que ça lui faisait du bien, un peu, comme le soir de la cérémonie où au moment de partir, j'étais finalement resté une heure devant la voiture à discuter avec mon cousin de toute cette épreuve qu'ils enduraient et qu'ils allaient endurer longtemps encore. Ce vendredi m'a fait l'effet d'une parenthèse vraiment étrange, entre la souffrance tout juste entamée, et le recul toujours douloureux mais de cette douleur sur laquelle on peut commencer à mettre des mots.
Ouverture de la "huitaine" avec la première séance de piscine de l'année. Les maîtres-nageurs sont très détendus, n'hésitent pas à faire jouer les enfants pendant dix minutes, ce que je n'avais jamais vu ailleurs (en même temps je n'ai fait que deux communes avants celle-là). Les enfants étaient amusés par les tatouages, l'un d'entre eux y a vu un dragon... Pour le reste, la semaine s'est déroulée avec un certain rythme routinier. Mardi soir a été posée la question de geler ou pas le soutien aux élèves. Le débat était particulièrement intéressant car il faisait émerger les deux pôles touchés par cette démarche et les mettait en opposition : d'un côté des enfants timides avec qui nous avions instauré un système à base de goûter convivial et de jeux ; de l'autre côté les RASED (réseau d'aides spécialisé pour les enfants en difficulté) qui malgré leur formation plus centrée risquent d'être rebasculés dans une classe de 27 élèves contre qui nous avons la désagréable impression de jouer. La suite reste à venir. Ce qui reste sûr, c'est un fait, le petit M. qui ne parlait jamais, ne prenait jamais d'initiative dans les activités (en dehors des coins jeux) et semblait porter la misère du monde sur ses épaules, aujourd'hui ce petit M. s'est ouvert à moi, me parle (toujours à voix basse, mais quand même, quel progrès), sourit davantage à mes petits numéros et est capable de se lancer dans une activité de mosaïques pendant plusieurs heures sans se décourager.
Je finis la semaine avec cette parole d'enfant : "Tu sais, moi je sais nager ! Je sais même nager quand l'eau est plus grande que moi !"
J'avais - je crois - pas mal de choses à dire cette semaine. Mais la fatigue et le manque d'envie de parler de ces tristes derniers jours font entrave. La dernière journée s'est bien passée, il était temps que ça finisse, car les enfants commençaient un peu à ressembler à Tigrou enfermé dans une pièce dont les murs, le plancher et le plafond seraient faits de trampoline. Nous avons terminé par une boum générale, comme ça si certains d'entre nous avaient encore un peu d'énergie à revendre, elle serait totalement épuisée. Je suis rentré chez moi au radar. Et actuellement, mon corps a du mal à se dire qu'il va pouvoir dormir plus longtemps le matin. Deux semaines. Deux semaines pour se ressourcer, recharger les batteries et reprendre le travail avec la même gouache qu'à la rentrée.
Je finis avec ce mot d'une de mes élèves à une collègue :
J : Eh bien tu sais, j'ai vu Nicolas Sarkozy à la télé... Eh ben, c'est pas mon maître, hein.